Limogne-en-Quercy, à deux km en amont sur le GR65

Pecten maximus (en projet)

Sara de Gouy

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LIEU(X)

Limogne-en-Quercy
à deux km en amont sur le GR65

« Ma première résidence à Limogne-en-Quercy fut riche d’histoires et de rencontres. Nous avons parcouru le chemin de Compostelle sous une bonne pluie qui dura plusieurs jours, un temps d’hiver frais et humide. Ainsi les odeurs et les couleurs du paysage était exaltés, des odeurs de mousse, une multitude de variations de verts, du plus fluorescent aux verts d’eau jusqu’aux jaunes et aux blancs des lichens qui tâchent les pierres. Les lichens moussus qui poussent dans les chênes verts sans feuilles donnent l’impression qu’ils sont habillés. Partout il est question de pierres. Le paysage compose avec les pierres et la roche jamais loin sous nos pieds, ses murets de pierres sèches qui bordent le chemin, les caselles, les cayrous, des accumulations de strates savamment cumulées à travers le temps par les habitants. La rencontre avec Thierry Pélissier, géologue spécialisé dans l’étude des calcaires, nous a permis un voyage dans le temps, nous avons arpenté une phosphatière, étudié les traces de fossiles, trouvé des petites huîtres de pierre parmi les ondes de pierre. Il y avait la mer autrefois à Limogne, une mer d’eau chaude sous un soleil tropical.

            Après avoir arpenté plusieurs fois le chemin, sous diverses lumières et moments de la journée, j’ai choisi un site à proximité de ce qui fût il y a des milliers d’années une « vallée sèche », aujourd’hui un grand pré en longueur traversé par le chemin. Il est facile d’imaginer avant ici une vallée, de l’eau qui coulait, un rivage même. Le site légèrement en surplomb sur un terrain en pente permettrait une perception en hauteur de ce paysage ondulant. Les grands chênes qui bordent le chemin participent à la beauté du lieu. Ils invitent à grimper, se poser sous leur ombrage, ils tendent leurs bras.

                        Je me suis intéressée par ailleurs à l’histoire des chemins de Compostelle, arpentés depuis le Moyen-Âge et plus particulièrement à son symbole, la coquille. Pourquoi la coquille ? Quels récits et symboliques ? Mes premières recherches sont passionnantes. La coquille s’est baladée dans le temps, comme elle se balade sur les sacs à dos des marcheurs. Elle véhicule mille récits, protège, accompagne, prouvait que l’on avait marché jusqu’à la mer, un peu plus loin que Saint-Jacques-de-Compostelle. Je me demande aujourd’hui si la coquille Saint-Jacques peut-être l’une des matières premières de mon refuge. Un refuge protège, c’est aussi un espace de rêverie. Le coquillage a également ces propriétés. J’aime sa capacité à concentrer les souvenirs de vacances, de voyage. Ici la coquille Pecten Maximus offre aussi une balade dans le temps et l’histoire, depuis la préhistoire. Il apparait même que des chercheurs utilisent la coquille Saint-Jacques comme machine à remonter le temps, elle enregistrerait les événements climatiques dans ses stries. Aujourd’hui la coquille Saint-Jacques est un rebus et représente plusieurs millions de tonnes de déchets par an, pourquoi ne pas valoriser la coquille pour matière de construction, utiliser celle-ci pour ses propriétés protectrices, telle une vêture de nacre ? Les recherches ne sont pas arrêtées, elles se poursuivent et ondulent au gré des récits qui se recoupent et s’enrichissent. » 

En savoir plus

Le site

Limogne-en-Quercy se niche au cœur du causse du même nom – Limogne. Un grand plateau calcaire fissuré où l‘eau s’infiltre au cœur des rochers pour former un véritable réseau de cours d’eau souterrains. Paysage de pierre avec ses « igues », murets et innombrables dolmens, le causse de Limogne alterne des paysages de petites forêts de chênes pubescents et de genévriers, pacages de broussailles et d’herbe rase et landes de bruyères. Le patrimoine vernaculaire – lavoir-papillons, moulins et puits – y est riche et atteste d’une activité rurale passée intense. L’histoire géologique y est aussi incroyable : ne nous y trompons pas, nous sommes au cœur du Parc naturel régional des Causses du Quercy, Géoparc mondial de l’Unesco. En amont de Limogne, sur le GR®65, se trouve une vallée sèche qui accueille une caselle. A quelques mètres, un chêne majestueux et une petite lande de broussailles et genévriers bordée de murets en pierre sèche. Ici se trouve le lieu d’accueil de l’œuvre d’art-refuge de Sara de Gouy.

L’artiste

Sara de Gouy, designeuse d’espace, architecte et plasticienne, propose depuis 2009 une approche toujours contextuelle. La connaissance du contexte général dans lequel elle va intervenir est le point de départ de ses projets, parce que les pratiques, le contexte spatial, culturel ou historique d’un site qualifient son essence et son potentiel expressif. L’usager est au cœur de ses préoccupations, co-construire avec, dans des modalités diverses, fait partie intégrante de sa démarche de conception afin d’envisager un projet plus juste.

Les « circonstances du projet » alors établies, il lui est possible de se réapproprier l’espace pour imaginer un projet « sur-mesure ». Ainsi, elle intervient à différentes échelles de projet, éphémères ou pérennes, diurnes ou nocturnes, du design de mobilier à des installations lumière en passant par des projets architecturaux. Les disciplines viennent s’enrichir mutuellement, tant d’un point de vue fonctionnel que plastique. La lumière et la couleur sont des composantes essentielles de son travail. Elle a une expérience importante d’ateliers pédagogiques et workshops menés depuis plus de 12 ans, conjointement à la conception des projets, pour être au plus proche des besoins et aspirations des usagers. Son atelier est à Lyon.

Elle a notamment réalisé la bibliothèque de l’école Bergson  à Saint-Etienne primée pour son processus de projet innovant et inauguré par la ministre Mme Filipetti en 2013 et plusieurs projets de «mobilier» sculptures contextuels, qui viennent dialoguer avec leurs environnement pour en proposer une nouvelle lecture mais aussi pour inciter à de nouvelles pratiques.  Le Banc à Palabres, un grand banc circulaire de 9m de diamètre conçu pour un parc à Unieux (42) ou encore les structures d’assises ombrières Variations pour le parvis de la tour panoramique de la Duchère à Lyon montrent que l’on peut concilier art et usages dans un dialogue enrichi avec les habitants.

saradegouy.com