Cinq chaises, cinq scies et cinq femmes vêtues de robes noires qui marchent puis se tiennent face à nous. Elles nous regardent, s’assoient et finalement, commencent à jouer, enfin à scier leur propre chaise jusqu’à la chute. Ce geste absurde devient un rituel hypnotique, une partition de tensions, de crissements et de déséquilibres. Entre danse, théâtre visuel et installation vivante, la pièce explore l’auto-sabotage, la gravité et l’élégance dans la lutte. Sans paroles et accessible à tous, cette performance so British marque durablement les esprits.
Un spectacle accueilli avec le soutien de l’Office national de diffusion artistique
Reckless Sleepers a été fondé en 1988, tirant son nom d’un tableau du surréaliste belge René Magritte. La compagnie, ou le projet, est né d’une multitude d’idées et de préoccupations, de mésaventures, d’accidents et d’opportunités.
Il y avait, je m’en souviens, une énergie, une réaction face au théâtre traditionnel dans les grandes salles, trop vastes pour que nos modestes mots puissent y trouver leur place. Je me souviens m’être mise en colère en regardant et en écoutant un style de présentation qui tentait d’atteindre le réalisme d’une manière irréaliste, qui essayait de convaincre sans convaincre, qui présentait les grands noms comme une attraction majeure. Cela me semble toujours pareil, cela me donne toujours l’envie d’essayer et de tenter autre chose, quelque chose d’autre que cette grandeur.
Les aspects positifs qui ont émergé de cette négativité ont rapidement pris le pas sur les aspects négatifs, et c’est ainsi que, sans plan d’action ni idée précise de ce que Reckless Sleepers était censé faire réellement, des projets ont commencé à voir le jour.
Un petit ensemble de règles non écrites et enfreignables a commencé à prendre forme. Les idées sont devenues centrales, les projets ont été mis en place plutôt que présentés, les erreurs ont été acceptées, les idées ont eu leur chance, elles ont été poussées jusqu’à devenir inconfortables à réaliser, inconfortables à écouter, inconfortables à regarder.
Ces projets ne sont pas rédigés au sens traditionnel du terme. Ce sont des couches superposées et collées de fragments élaborés devant un écran d’ordinateur, dans une boîte noire, lors d’un trajet en train pour rentrer chez soi, au milieu de la nuit. Ils contiennent un ensemble de règles, un ordre social, une structure, un chaos très ordonné, et après un certain temps, quelques expériences et de nombreux échecs, un projet commence à prendre forme et à se dessiner, à se forger une identité propre.
Je ne sais toujours pas ce que font les Reckless Sleepers, je n’arrive toujours pas à mettre le doigt dessus, alors ça reste en suspens.
Mole Wetherell
Chorégraphe : Leen Dewilde / Danseuses : Leen Dewilde, Caroline D’Haese, Lisa Kendall, Rachel Piekarczyk, Orla Shine / Production : Mole Wetherell / Coproductions : Tramway, Glasgow, Metropolis Festival Copenhagen, South East Dance, Coastal Currents / Créé avec le soutien de INTEATRO Creative Residency & Arts Council England