Essentiel !
Parce que la rencontre reste essentielle, à tout âge et que l’art est aussi une façon de prendre soin, Derrière Le Hublot en partenariat avec l’ADMR du Pays de Capdenac a lancé la 3ème année de son Service d’art à domicile du 16 au 19 février. Un dispositif sensible et innovant qui invite l’art à franchir le seuil des maisons, là où l’isolement se fait parfois sentir.
Trois artistes complices, Laurence Leyrolles, Léa Dant et Christophe Lafargue alias Garniouze, sont allés à la rencontre de personnes âgées ou empêchées vivant en milieu rural, accompagnés par leurs auxiliaires de vie ou leurs aides à domicile, pour partager un moment artistique intime.
Laurence Leyrolles
Laurence Leyrolles est chorégraphe performeuse et mène recherches, expériences artistiques plus particulièrement au sein de la compagnie La LLoba, laboratoire de créations, performances, projets immersifs et de proximité, expositions, ou encore d’actions de sensibilisation, qu’elle a créé en 2004. Elle écrit, danse et dessine, dans une porosité des disciplines qui lui est chère. Après une formation initiale en arts plastiques et arts appliqués, son intérêt la mène vers la danse contemporaine, la danse contact et diverses pratiques somatiques, où elle ne cesse de chercher et de développer l’écoute de soi et de l’autre par le corps… Ses créations prennent racine dans ce tressage des disciplines, en particulier Danse et Arts Plastiques, comme dans les dernières créations Le temps qui fait, Creux poplité et Debout. Elle est aussi très sensible et investie dans la rencontre avec les lieux, les personnes, les habitants, s’inscrivant dans Ce qui est là, titre d’une création décisive pour la compagnie (2010). L’écoute des espaces et de leurs usagers, leur singularité et spécificité l’amènent très tôt à créer des installations, des dispositifs où le corps est en situation d’in situ et parfois d’improvisation, dans une recherche de la rencontre et de la relation, dans une attention toute particulière à l’altérité, à l’humain. Elle s’inscrit en tant qu’artiste dans la proximité, à petit pas, dans un acte qu’elle juge politique, à l’endroit où peut se trouver tout un chacun, sans hiérarchie, ni préjugé. Ainsi, par une danse de terrain, émerge la poésie des situations, des relations.
Léa Dant
Léa Dant est une artiste qui utilise le théâtre pour parler de ce qui nous unit : nos histoires personnelles, nos émotions, nos différences. Son idée centrale ? Montrer que chaque personne, avec son vécu, reflète un peu de l’humanité toute entière. Elle ne se contente pas de monter des spectacles classiques. Elle invente des façons originales de faire participer le public : parfois, les spectateurs marchent dans un parcours, partagent un repas, entrent dans une bulle géante, ou assistent à des scènes qui ressemblent à des tableaux vivants, comme des rêves qui prennent vie. L’objectif est toujours le même : créer des moments où chacun peut s’exprimer, écouter, et se sentir concerné. Léa Dant a une double culture franco-américaine. Elle a étudié le cinéma, le mouvement du corps, et surtout la mise en scène. Elle a appris son métier auprès de grands professionnels, et a même travaillé avec une compagnie de théâtre qui accueille des acteurs en situation de handicap mental. Elle a aussi accompagné des chanteurs, comme ceux du groupe Aaron. Aujourd’hui, elle enseigne le théâtre dans différentes écoles et formations, en région parisienne, en Normandie et à Marseille. Elle aide les élèves à trouver leur style, à oser créer, et à monter leurs propres projets. Son rôle est un peu comme celui d’un guide : elle aide les autres à découvrir leurs idées et à les exprimer, comme un «accoucheur d’esprits », selon une image ancienne. En résumé, Léa Dant utilise le théâtre pour rassembler, faire réfléchir et inspirer, en montrant que l’art est un moyen de mieux se comprendre et de vivre ensemble.
Christophe Lafargue, alias Garniouze
est une figure majeure des arts de la rue. Depuis plus de vingt ans, ce comédien, metteur en scène et chanteur transforme les espaces publics en scènes vivantes, où les mots dansent et les histoires s’animent.
Passionné par le jeu et l’oralité, il se décrit comme un simple « passeur de textes », puise dans la littérature, la poésie et le théâtre pour créer des spectacles qui parlent à tous, mêlant engagement et émotion. Son approche est à la fois humble et audacieuse : il ne prétend pas être écrivain, mais donne vie aux mots avec une énergie contagieuse. Son parcours est marqué par des collaborations variées : co-fondateur de la compagnie Okupa Mobil en 1992, complice de longue date de Phéraille et du Phun,
il intervient aussi comme regard extérieur pour d’autres compagnies. Engagé, il participe régulièrement aux actions de Clowns sans frontières, apportant son art là où il peut faire écho. Avec le groupe Georges profonde, il explore des œuvres littéraires fortes, mêlant rock et théâtre. Ses créations, souvent minimalistes, chargées d’humanité et de sens, invitent le public à voir la ville autrement, à découvrir un théâtre qui surgit et surprend. Garniouze, est un comédien des arts de la rue dans ce qu’ils ont de plus vivant qui mélange générosité, poésie et audace et permet à chaque rencontre de se transformer en une expérience unique.
C’est quand même mieux que de voir les inondations à la télé ! » s’est exclamée une bénéficiaire du Service d art à domicile lors de la dernière journée de Laurence. La semaine a été vivante et vibrante et Léa, Laurence et Garniouze ont pu chaleureusement remercier Rita, Elsa, Odile, Charly, Fatna, Danièle, Paula, Muriel, Catherine, Anne, Marc, Céline, nos intervenantes et intervenants à domicile et encore Michèle, Marie-Odile, Janine et Maryse bénévoles de l’équipe cuisine pour ce que Léa nomme comme l’une de ses « plus belles et fortes aventures artistiques et humaines qu'[elle a] pu vivre ces dernières années ! »
Intense, riche, pleine de rencontres aussi surprenantes qu’émouvantes, cette session du Service d’art continue de nous convaincre de l’impérieuse nécessité d’aller à la rencontre de celles et ceux qui ne peuvent pas venir à nous, soit parce qu’ils n’en ont plus la possibilité, soit qu’elles n’en ont jamais eu le désir. Et pourtant, à domicile, la médiation par l’art s’impose comme un moment de vie savoureux et nécessaire. Une fois l’artiste entré, difficile pour lui ou elle de s’extraire aussi facilement des personnes attachantes qu’elle y trouve. Cette semaine est une réussite en tout point, elle a aussi permis de faire entrer de nouvelles aides à domicile et auxiliaires de vie dans le cercle et de mener 23 services avec les artistes à domicile.
Imaginé par Derrière Le Hublot avec Vives Voies , le dispositif continue à se développer avec une grande sérénité aux côtes de l’Admr du pays capdenacois pour accompagner les personnes âgées et isolées à bien vivre au pays. Il partira bientôt rejoindre la Communauté de communes Comtal Lot et Truyère. Nous vous en dirons plus très bientôt.